Dites les lanceurs d’alerte, et si vous arrêtiez de diffuser sur YouTube ?

Comme de nombreuses personnes, je suis attentivement le fabuleux travail d’investigation de plusieurs lanceurs d’alerte et chercheurs de vérité en France et ailleurs dans le monde. Mais une chose qui revient régulièrement me frappe : pourquoi sans cesse alerter sur un système et dénoncer ses dérives, tout en publiant vos informations sur YouTube, la plateforme de Google, l’un des pires pilleurs de données personnelles et élément de censure ?

Les lanceurs d'alerte et YouTube

YouTube une machine à dollars qui pompe nos données

YouTube est la plateforme de vidéos en ligne de Google. Créée en 2005 par 3 anciens employés de Paypal (Steven Chenm, Chad Hurley et Jawed Karim), le service a été racheté par la firme de Mountain View en 2006 pour 1,65 milliard de dollars. Selon la banque d’investissement américaine Morgan Stanley, YouTube valait 160 milliards de dollars en 2018 [1]. Le service Premium de YouTube (basé sur un abonnement mensuel de 12 €), devrait à lui seul, générer presque 2 milliards de dollars de revenus en 2022 selon une estimation de IHS Markit [2]. Il faut ajouter à cela, 27 milliards de dollars de revenus publicitaires sur cette même période.

Revenus générés par YouTube PRemium par région et par année
Revenus générés par YouTube Premium par région et année.

La visibilité moyenne des publicité sur YouTube atteint 95%, soit 30 points au-dessus de la moyenne sur le web et sur mobile [3]. La visibilité publicitaire est une problématique commune à la plupart des médias publicitaires et consiste à savoir ou à mesurer si une publicité considérée comme diffusée ou affichée est réellement vue ou peut être réellement vue par les individus théoriquement exposés. Une publicité visible n’est pas forcément une publicité vue. Pour atteindre un tel taux de visibilité il n’y a pas 36 solutions : pister, profiler les utilisateurs pour leur délivrer des messages très ciblés. D’ailleurs Google, la maison mère le dit elle-même : “elle [la publicité] touche les utilisateurs en fonction de leur compte Google, des sites qu’ils ont consultés, et/ou de leurs centres d’intérêt et catégories démographiques.” On pourrait rajouter en fonction de la date de naissance, du contenu des emails, des itinéraires enregistrés par Google Map, des recherches vocales, de la géolocalisation, etc…

Ciblage des annonces sur le site de Google

Pour générer des milliards, il faut donc collecter les données des utilisateurs. Chers lanceurs d’alerte qui utilisez YouTube, quand vous avez plusieurs milliers ou dizaine voire centaines de milliers d’abonnés, combien de dollars avez-vous donné gratuitement à Google ? Combien de terra-octets de données personnelles (de vos abonnés) fournissez-vous indirectement ? Pourquoi dénoncer un système capitaliste si vous-mêmes êtes en plein dedans ?

YouTube et la censure

Il est clair que vous faites un travail formidable de recherche et d’investigations que vous mettez à disposition du grand public pour l’aider dans sa quête de vérité et nous ne vous remercierons jamais assez pour cela ! Ces travaux vous valent bien évidemment tous les mots car vous mettez le doigt là où ça fait mal et cela ne plait pas à tout le monde loin de là. Vos plus grands pourfendeurs sont des gouvernements, des entreprises, des médias, des individus, qui vont vous faire passer pour des fous, des sectaires, des complotistes. Bref tous ces superlatifs qui vous passent bien au-dessus, vous en avez l’habitude.

Vos investigations sont si poussées et vraies car basées sur des faits réels, que vous êtes bien souvent victimes de la censure. YouTube que vous utilisez en est le parfait exemple ! Selon le site breizh-info.bzh, l’hébergeur de vidéos aurait par exemple supprimé 60 millions de vidéos au troisième trimestre 2018. Supprimée car identifiées comme ayant des contenus dangereux, haineux et extrémistes ou qui incitent à la violence. Peut-être, sauf que de nombreuses vidéos supprimées amenaient le débat sur l’immigration, les grandes questions sociétales, l’environnement, la santé, les scandales politiques, etc… Estampillées comme n’étant dans le camp du bien ou de la pensée officielle, certaines vidéos furent tout simplement victimes de la censure. Les exemples de sujet censurés ne manquent pas et pourtant ils font toujours débats et nous attendons toujours des réponses, des explications, et ce qu’ils soient jugés farfelus ou pas : géo-ingénierie, chemtrails, vaccins, surveillance de masse, etc…

Quel lanceur d’alerte n’a pas été déjà victime de cette censure (parfois sans somation et même en live) ? Qui n’a pas du recréer sa chaîne et ré-uploader ses vidéos ? La question est simple : si la censure que vous dénoncez est si forte, pourquoi restez-vous sur YouTube ?

Pour la visibilité ?

Vous me répondrez peut-être pour la fameuse “visibilité”. Mais laquelle si vous êtes censurée ? Parlons-en de la visibilité : celle qui oblige les utilisateurs qui veulent commenter vos vidéos à se connecter avec un compte Google ? Celui-là même qui va dans l’ombre consulter à l’insu des utilisateurs emails, géolocalisation, historique de navigation internet et cookies, documents du drive, etc… ? La visibilité qui fait engranger à Google des sommes abyssales à chaque seconde où l’on regarde une vidéo sur sa plateforme ? Celle qui piste les utilisateurs pour encore mieux découvrir d’autres sites considérés par YouTube comme complotistes et les censurer ou les déréférencer à leur tour ? Cette visibilité là ?

Et si…

Et si vous continuiez à dire “merde” comme vous l’avez toujours fait ? Et si vous alliez au bout de votre démarche et vous passiez de YouTube ? Continuer à faire passer votre message en alertant aussi sur ce monde de Google, de monétisation, de censure, de pistage, de pensée unique.

Le 5 mai 2020, une conférence intitulée “Alerte à la santé, alerte à la liberté“, était animée/proposée par quatre lanceurs d’alerte, sur la situation de confinement liée au Coronavirus. Au cours de cette dernière, le Docteur Christian Tal Schaller rappelait que Big Pharma et Big Tech était étroitement liés. En effet, les médias alignés ne peuvent véhiculer leur message de la pensée unique et cacher des informations que s’ils passent par des partenaires de la Big Tech. Un exemple : entre 2014 et 2019, la Fondation Bill & Melinda Gates a subventionné le journal Le Monde à hauteur de 4 millions de dollars [4] [5]. Pourquoi cette association entre un milliardaire de la Big Tech et un journal ? Je vous laisse à vos réflexions… Au fait, pour en revenir à cette conférence très intéressante, elle était diffusée en live sur…. YouTube of course !

Et si dans votre message vous en profitiez pour parler de système de communication sécurisé ou plus respectueux de la vie privée ? De décentralisation ? D’hébergeurs vidéos alternatifs ?

Des idées et pistes qui valent ce qu’elles valent

Un “vrai” hébergeur (engagé)

J’imagine que ce qui attire en premier chez YouTube c’est son service gratuit d’hébergement illimité. Au passage je ne reviens pas sur la maxime “si c’est gratuit vous êtes le produit” ou plutôt “si vous êtes le produit, ça n’est pas gratuit“… Et si vous hébergiez vos vidéos chez un hébergeur alternatif ? Dans un article précédent nous évoquions par exemple l’hébergeur suisse Infomaniak, qui a fait de la protection des données et de l’écologie son leitmotiv. Comme par exemple une gestion rigoureuse de ces data centers. A oui parce qu’on n’a pas encore évoqué les gros data centers de YouTube, car finalement vos vidéos elles sont stockées où ? Ils sont gérés comment ces data centers et utilisés avec quelle source d’énergie ? Quel bilan carbone ?

Infomaniak n’est pas le seul, il y en à bien d’autres hébergeurs engagés ou qui prennent des mesures pour l’être, avec des choix énergétiques réfléchis, une réflexion avancée sur la gestion et le recyclage des déchets. Hébergeurs qui favorisent avant tout l’usage de logiciels et de gestion de contenu libre et/ou opensource. Ce site internet présente par exemple une liste non exhaustive de ces hébergeurs, mais il y en a d’autres plus locaux, plus solidaires…

PeerTube

Une autre excellente alternative est PeerTube, un hébergeur de vidéos décentralisé, proposée par l’association d’éducation populaire Framasoft. Cette alternative libre, fonctionne exactement comme YouTube avec la possibilité de s’abonner à une chaîne et de commenter des vidéos après avoir crée un compte. Pour cela un nom d’utilisateur, un email et un mot de passe seront demandés, rien de plus et il n’y a aucune connexion avec un service tiers. Ces trois informations restent celles des internautes et ne servent pas à des régies publicitaires ou à profiler/pister les utilisateurs. Notons également qu’il n’y a même pas un seul trackeur de visiteur sur les pages !! Récemment, Framasoft a annoncé la poursuite du développement de PeerTube, avec notamment la possibilité de diffusion vidéo live [6].

Multiplier les modes de diffusion

La plupart d’entre vous communiquez déjà en utilisant les réseaux sociaux et YouTube, mais ils sont au final tous basés sur la même chose : des systèmes centralisés, hébergés aux États-Unis, monétisés et profitant des données des utilisateurs. Pourquoi ne pas diffuser vos travaux et vos recherches autrement (en plus de la vidéo), comme sur Mastodon ou encore en utilisant un canal de diffusion/groupe sur la messagerie Telegram ?

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En vrac (parce que l’idée me vient subitement), pourquoi ne pas inviter un jour sur votre chaîne l’association La Quadrature du Net qui défend et promeut les droits et libertés de la population sur Internet et qui intervient dans les débats concernant la liberté d’expression, le droit d’auteur, la régulation du secteur des télécommunications, ou encore le respect de la vie privée sur Internet. Eux aussi en lancent des alertes…

Je suis sûr que si vous communiquez à vos abonnés votre nouveau mode de fonctionnement et votre ou vos nouvelles plateformes de diffusion (et les raisons pour lesquelles vous avez migré), vos abonnés vous suivront. S’ils ont su créer un compte Google pour s’abonner et commenter vos vidéos, ils arriveront sans aucune peine à faire de même sur Peertube ou à installer et utiliser Telegram.
Inévitablement la communauté et votre réseau se chargeront de diffuser et de partager votre contenu comme d’habitude. Et puis cette communauté et ce réseau peuvent aussi vous êtes d’une grande aide. Je suis sûr par exemple qu’il y a bien parmi vos x milliers de followers, un geek au coin de la rue qui se proposera de vous aider à installer votre instance PeerTube, mieux à l’héberger lui-même en guise de remerciement pour votre combat.

Alternatives à YouTube

Voilà, je vais en terminer là. Je voulais vous faire part de mes réflexions, pensées et idées qui sont ce qu’elles sont, valent ce qu’elle valent. Rien ni personne n’est parfait (encore faudrait-il avoir une définition claire de ce mot). Votre combat est juste et vital et m’a ouvert les yeux sur beaucoup de choses. Je pense juste que l’idée d’un monde plus juste passe aussi forcément par nos choix de communications et de supports de diffusion afin de valoriser l’éveil des consciences, l’émerveillement, la résilience et la prise d’initiative. C’est aussi de cette façon que l’on peut être encore crédible et cohérent, quant on veut dénoncer un monde capitaliste, fait d’inégalités, qui ne respecte pas la santé, l’environnement, les libertés individuelles, d’expression et bien d’autres…

Références :

  1. Morgan Stanley figured out how much YouTube would be worth if it were a separate company, and it’s more valuable than Disney
  2. YouTube fights off competition with expanded Premium subs service
  3. Chiffres YouTube – 2020
  4. Pourquoi la Fondation Bill & Melinda Gates a subventionné le journal Le Monde à hauteur de 4 millions de dollars ?
  5. Bill & Melinda Gates foundation
  6. Ce que Framasoft va faire en 2020, post confinement

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